Transport maritime et freinte de route : Le juge doit répondre au moyen contestant le taux de la perte de poids admise par l’expert (Cass. com. 2019)

Réf : 45951

Identification

Réf

45951

Juridiction

Cour de cassation

Pays/Ville

Maroc/Rabat

N° de décision

173/1

Date de décision

04/04/2019

N° de dossier

2017/1/3/580

Type de décision

Arrêt

Chambre

Commerciale

Abstract

Source

Non publiée

Résumé en français

Encourt la cassation pour défaut de motivation l'arrêt qui, pour condamner un transporteur maritime à indemniser une perte de marchandises, se fonde sur un rapport d'expertise sans répondre au moyen par lequel le transporteur soutenait que le taux de freinte de route retenu par l'expert n'était pas fondé sur les usages portuaires en vigueur mais sur sa seule appréciation personnelle des circonstances du voyage, un tel moyen étant de nature à influer sur l'issue du litige.

Texte intégral

محكمة النقض - الغرفة التجارية القسم الأول - القرار عدد 1/173 - المؤرخ في 2019/04/04 - ملف تجاري عدد 2017/1/3/580

بناء على مقال النقض المودع بتاريخ 2017/02/16 من طرف الطالب المذكور أعلاه بواسطة نائبته الأستاذ سمية (و.) والرامي إلى نقض القرار رقم 2981 الصادر بتاريخ 2016/05/05 في الملف عدد 2015/8232/2913 عن محكمة الاستئناف التجارية الاستئناف البيضاء.

وبناء على الأوراق الأخرى المدلى بها في الملف.

وبناء على قانون المسطرة المدنية المؤرخ في 28 شتنبر 1974.

وبناء على الأمر بالتخلي والإبلاغ الصادر بتاريخ 2019/03/21.

وبناء على الإعلام بتعيين القضية في الجلسة العلنية المنعقدة بتاريخ 2019/04/04.

وبناء على المناداة على الطرفين ومن ينوب عنهما وعدم حضورهم.

وبعد تلاوة التقرير من طرف المستشار المقرر السيد محمد القادري والاستماع إلى ملاحظات المحامي العام السيد رشيد بناني.

وبعد المداولة طبقا للقانون.

حيث يستفاد من وثائق الملف ومن القرار المطعون فيه أن المطلوبات (ت. و.) ومن معها، تقدمت بتاريخ 2014/04/10 بمقال لتجارية البيضاء، عرضت فيه أنها أمنت نقل حمولة متكونة من 20.368,580 طنا من مادة الذرة لفائدة (ف. ك.) نقلت على متن الباخرة (ف.) من ميناء سانتوس بدولة البرازيل في اتجاه مينائي أكادير والدار البيضاء الذي رست به يوم 2012/07/29، ولما وضعت البضاعة رهن إشارة المرسل إليه بالميناء الأخير تبين أن بها خصاص في حدود 78.539 طنا تمت معاينته من طرف الخبير عبد العلي (و.) ومن طرف (S. B. C. S.)، ملتمسة الحكم على الطالب ربان الباخرة بأدائه لفائدتها تعويضا مؤقتا في حدود مبلغ 21.000,00 درهم مع الفوائد القانونية من تاريخ الطلب وحفظ حقها في تقديم طلباتها النهائية ثم تقدمت بطلب إضافي رامت منه الحكم لها بمبلغ 227.249,00 درهم يشمل قيمة الخصاص وصائر الخبرة وصائر إنجاز البيان، فصدر حكم برفض الطلب استأنفته المدعيات. وبعد إجراء خبرة والتعقيب عليها أصدرت محكمة الاستئناف التجارية قرارها القطعي بإلغاء الحكم المستأنف والحكم من جديد بأداء المستأنف عليه للمستأنفات مبلغ 149.900,00 درهم مع الفوائد القانونية وهو المطعون فيه بالنقض.

في شأن الفرع الثاني من الوسيلة الثانية:

حيث ينعى الطاعن على القرار خرق مقتضيات المادة 461 من مدونة التجارة وانعدام التعليل، ذلك أنه تمسك أمام المحكمة مصدرته بأن نسبة عجز الطريق التي حددها الخبير عبد الرفيع (ز.) في 0,15% بالنسبة للرحلة البحرية موضوع النازلة، لم يستند فيها إلى العرف السائد بموانئ المغرب وإنما اعتمد فقط على رأيه الخاص باعتباره مجموعة من العناصر الخاصة بالرحلة ودون التقيد بمأموريته وذلك بمقارنة الرحلة موضوع النزاع مع رحلات مماثلة كما تمسك أيضا بأن نسبة الخصاص التي حددها الخبير في 0.36% لم يراع في تحديدها الجزء من الحمولة المفرغة بميناء اكادير وهو ما يجعل خلاصته فيما ذكر خاطئة غير أنها لم تجب على الدفع، فجاء قرارها ناقص التعليل الموازي لانعدامه يتعين التصريح بنقضه.

حيث تمسك الطالب أمام المحكمة مصدرته بأن الخبير عبد الرفيع (ز.) الذي حدد نسبة عجز الطريق المتسامح فيه في 0,15 % بالنسبة للرحلة البحرية موضوع الدعوى اعتمد فقط على رأيه الخاص بالاستناد إلى بعض عناصر الرحلة دون أن يسلك في ذلك العرف السائد بموانئ المغرب بالنسبة للرحلات المماثلة، وتمسك أيضا بأن نسبة الخصاص التي حددها الخبير في 0,36% من الوزن الإجمالي للبضاعة لم يراع فيها الجزء من الحمولة المفرغة بميناء اكادير، غير أن المحكمة المذكورة لم تجب على التمسكين بالرغم مما قد يكون لذلك من تأثير على نتيجة قضائها، فجاء قرارها ناقص التعليل المعد بمثابة انعدامه عرضة للنقض.

وحيث إن حسن سير العدالة ومصلحة الطرفين تقتضيان إحالة الملف على نفس المحكمة.

لهذه الأسباب

قضت محكمة النقض بنقض القرار المطعون فيه، وإحالة الملف على نفس المحكمة المصدرة له، للبت فيه من جديد طبقا للقانون، وهي متركبة من هيأة أخرى، وتحميل المطلوبين الصائر.

كما قررت إثبات حكمها بسجلات المحكمة المذكورة إثر الحكم المطعون فيه أو بطرته.

Version française de la décision

Cour de cassation - Chambre commerciale, Première section - Arrêt n° 1/173 - en date du 04/04/2019 - Dossier commercial n° 2017/1/3/580

Vu le pourvoi en cassation déposé le 16/02/2017 par le demandeur susmentionné, par l'intermédiaire de son avocate Maître Soumia (W.), visant à la cassation de l'arrêt n° 2981 rendu le 05/05/2016 dans le dossier n° 2015/8232/2913 par la Cour d'appel de commerce de Casablanca.

Vu les autres pièces produites au dossier.

Vu le Code de procédure civile du 28 septembre 1974.

Vu l'ordonnance de dessaisissement et de communication du 21/03/2019.

Vu l'avis de fixation de l'affaire à l'audience publique du 04/04/2019.

Vu l'appel des parties et de leurs représentants et leur non-comparution.

Après lecture du rapport par le conseiller rapporteur, Monsieur Mohammed El Kadiri, et après avoir entendu les observations de l'avocat général, Monsieur Rachid Bennani.

Après en avoir délibéré conformément à la loi.

Attendu qu'il ressort des pièces du dossier et de l'arrêt attaqué que les défenderesses, (T. W.) et consorts, ont, en date du 10/04/2014, saisi le Tribunal de commerce de Casablanca d'une requête exposant qu'elles avaient assuré le transport d'une cargaison de 20.368,580 tonnes de maïs pour le compte de (F. K.), transportée à bord du navire (F.) depuis le port de Santos au Brésil à destination des ports d'Agadir et de Casablanca, où il a accosté le 29/07/2012 ; que lorsque la marchandise a été mise à la disposition du destinataire dans ce dernier port, il a été constaté un manquant de l'ordre de 78,539 tonnes, lequel a été constaté par l'expert Abdelali (W.) et par (S. B. C. S.) ; sollicitant la condamnation du demandeur, capitaine du navire, à leur verser une indemnité provisionnelle d'un montant de 21.000,00 dirhams avec intérêts légaux à compter de la date de la demande, tout en se réservant le droit de présenter leurs demandes définitives ; qu'elles ont ensuite présenté une demande additionnelle visant à obtenir la condamnation au paiement de la somme de 227.249,00 dirhams, couvrant la valeur du manquant, les frais d'expertise et les frais d'établissement du rapport ; qu'un jugement a été rendu rejetant la demande, dont les demanderesses ont interjeté appel. Après la réalisation d'une expertise et la présentation des observations y afférentes, la Cour d'appel de commerce a rendu son arrêt définitif infirmant le jugement entrepris et, statuant à nouveau, condamnant l'intimé à verser aux appelantes la somme de 149.900,00 dirhams avec intérêts légaux, lequel arrêt fait l'objet du présent pourvoi en cassation.

Sur la deuxième branche du deuxième moyen de cassation :

Attendu que le demandeur au pourvoi fait grief à l'arrêt d'avoir violé les dispositions de l'article 461 du Code de commerce et d'être entaché d'un défaut de motivation, en ce qu'il a soutenu devant la cour d'appel que le taux de freinte de route, fixé par l'expert Abdel-Rafi (Z.) à 0,15% pour le voyage maritime en l'espèce, ne s'est pas fondé sur l'usage en vigueur dans les ports marocains, mais s'est basé uniquement sur son opinion personnelle en prenant en considération un ensemble d'éléments propres au voyage et sans se conformer à sa mission, en comparant le voyage litigieux avec des voyages similaires ; qu'il a également soutenu que le taux de manquant, fixé par l'expert à 0,36%, n'a pas pris en compte, dans sa détermination, la partie de la cargaison déchargée au port d'Agadir, ce qui rend sa conclusion sur ce point erronée, mais que la cour n'a pas répondu à cet argument ; de sorte que son arrêt est entaché d'un défaut de motivation équivalant à son absence, ce qui justifie sa cassation.

Attendu que le demandeur au pourvoi a soutenu devant la cour d'appel que l'expert Abdel-Rafi (Z.), qui a fixé le taux de freinte de route admissible à 0,15% pour le voyage maritime objet du litige, s'est fondé uniquement sur son opinion personnelle en se basant sur certains éléments du voyage, sans suivre l'usage en vigueur dans les ports marocains pour des voyages similaires ; qu'il a également soutenu que le taux de manquant, fixé par l'expert à 0,36% du poids total de la marchandise, n'a pas pris en compte la partie de la cargaison déchargée au port d'Agadir ; que, cependant, ladite cour n'a pas répondu à ces deux arguments, nonobstant l'incidence qu'ils auraient pu avoir sur l'issue de sa décision ; son arrêt est, de ce fait, entaché d'un défaut de motivation assimilé à son absence, et encourt la cassation.

Et attendu que l'intérêt d'une bonne administration de la justice et celui des parties commandent le renvoi de l'affaire devant la même juridiction.

PAR CES MOTIFS

La Cour de cassation casse l'arrêt attaqué, et renvoie l'affaire devant la même juridiction d'appel, autrement composée, pour qu'il y soit statué à nouveau conformément à la loi, et met les dépens à la charge des défenderesses au pourvoi.

Ordonne que mention du présent arrêt sera faite sur les registres de ladite juridiction, en marge ou au pied de l'arrêt cassé.

Ainsi rendu et lu en audience publique à la date susmentionnée, en la salle des audiences ordinaires de la Cour de cassation à Rabat. La formation de jugement était composée de : Monsieur Saïd Saadaoui, président de chambre, en qualité de président, et de Messieurs les conseillers : Mohammed El Kadiri, rapporteur, Abdelilah Hnine, Aïcha Frim El Mal et Hassan Sarrar, membres, en présence de Monsieur l'avocat général, Rachid Bennani, et avec l'assistance de Madame Mounia Zidoune, greffière.

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