Bail commercial : le paiement du loyer au mandataire apparent du bailleur libère le preneur de bonne foi (Cass. com. 2021)

Réf : 44499

Identification

Réf

44499

Juridiction

Cour de cassation

Pays/Ville

Maroc/Rabat

N° de décision

587/2

Date de décision

11/11/2021

N° de dossier

2019/2/3/1192

Type de décision

Arrêt

Chambre

Commerciale

Abstract

Thème

Civil, Mandat

Source

Non publiée

Résumé en français

Ayant constaté que le contrat de bail commercial avait été conclu par le mandataire du bailleur, créant ainsi une apparence de mandat durable, une cour d’appel en déduit à bon droit que le paiement des loyers effectué de bonne foi par le preneur entre les mains de ce mandataire est libératoire. Il importe peu que le mandat ait pris fin, dès lors que le preneur n’a pas été informé de sa révocation et n’était pas tenu de vérifier la persistance des pouvoirs du mandataire.

Texte intégral

محكمة النقض، الغرفة التجارية، القرار عدد 2/587، الصادر بتاريخ 2021/11/11، في الملف التجاري عدد 2019/2/3/1192

بناء على مقال النقض المودع بتاريخ 2019/05/24 من طرف الطالب المذكور أعلاه بواسطة نائبه الأستاذ امحمد (أ.) والرامي الى نقض القرار رقم 6024 الصادر بتاريخ 2018/12/12 عن محكمة الاستئناف التجارية بالدار البيضاء في الملف عدد 2018/8206/4435.

وبناء على الأوراق الأخرى المدلى بها بالملف.

وبناء على قانون المسطرة المدنية المؤرخ في 1974/9/28 كما وقع تعديله وتتميمه.

وبناء على الأمر بالتخلي والإبلاغ الصادر بتاريخ 2021/10/28.

وبناء على الإعلام بتعيين القضية بالجلسة العلنية المنعقدة بتاريخ 2021/11/11.

وبناء على المناداة على الطرفين ومن ينوب عنهما وعدم حضورهم.

وبعد تلاوة التقرير من طرف المستشار المقرر نور الدين السيدي والاستماع الى ملاحظات المحامي العام السيد محمد صادق.

وبعد المداولة طبقا للقانون:

حيث يستفاد من وثائق الملف ومن القرار المطعون فيه أن الطالب تقدم بمقال افتتاحي لدى المحكمة التجارية بالرباط عرض فيه أن المطلوب بنعاشير (ق.) يكتري منه المحل التجاري الكائن (…) منذ سنة 2006 بسومة كرائية قدرها 1000 درهم وأنه تقاعس عن أداء واجبات الكراء من فاتح نونبر 2015 فوجه له إنذارا بالأداء والإفراغ، والتمس المصادقة على الإنذار المبلغ له بتاريخ 2017/10/02 و الحكم بإفراغه من المحل التجاري موضوع النزاع هو أو من يقوم مقامه ، وبعد الجواب صدر الحكم القاضي بالمصادقة على الإنذار المبلغ للمدعى عليه بتاريخ 2017/10/02 و بإفراغه من المحل التجاري موضوع النزاع هو أومن بقوم مقامه أو بإذنه وتحميله الصائر ورفض الباقي استأنفه المطلوب ألغته محكمة الاستئناف التجارية وحكمت من جديد برفض الطلب وذلك بمقتضى القرار المطلوب نقضه.

في شأن الوسيلة الفريدة للنقض:

حيث ينعى الطاعن على القرار نقصان التعليل الموازي لانعدامه ذلك أنه رد طعن الطالب في الوصلين الصادرين عن ابنه عن شهر نونبر ودجنبر لسنة 2015 << أن الملف يخلو مما يفيد عزل الوكيل خاصة أن الثابت من عقد الكراء أن المسمى محمد (و.) هو من تعاقد مع المستأنف باعتباره وكيلا عن والده وأنه ليس بالملف ما يفيد عزله>> و هو تعليل غير مرتكز على أساس باعتبار أنه بالرجوع إلى محاضر العرض والإيداع يتبين أن المطلوب عرض الواجبات الكرائية على الطالب السيد ادريس (و.) وعند تعذر العرض قام بإيداعها بصندوق المحكمة ولم يقم بعرضها على وكيل الطالب حسب ادعائه وأن الواجبات السابقة كان يسلمها للطالب شخصيا وليس لموكله وأن تعليل المحكمة بأنه أبرم عقدا بالوكالة يعطي مظهرا خارجيا للوكالة على أساسه تعامل المكتري دون التأكد من ذلك بإجراء بحث بين الأطراف للتأكد من هذه الواقعة وصحتها من عدمه تكون قد جعلت قضاءها غير مبني على أساس ويتعين نقض قرارها.

لكن حيث إن محكمة الاستئناف مصدرة القرار المطعون فيه عللت قرارها «  » أن الثابت من خلال عقد الكراء الرابط بين الطرفين أن المسمى محمد (و.) هو من تعاقد مع المستأنف باعتباره وكيلا عن والده المستأنف عليه بمقتضى وكالة مصححة الإمضاء وعلى ذلك الأساس أكرى المحل المدعى فيه، وهو ما خلق مظهرا خارجيا للوكالة على أساسه تعامل المكتري وبذلك يبقى تسلم الوكيل للشهرين المذكورين من طرف المستأنف تصرفا سليما لأنه تم في وقت لم يثبت فيه أن صفته كوكيل قد انتهت بسبب من أسباب الانقضاء …. معتبرة وعن صواب أن الوكالة لازالت قائمة ويكون المطلوب في غياب ما يثبت إنهاءها أو فسخها أدى كراء شهري دجنبر ونونبر لسنة 2015 وقبل توصله بالإنذار و بحسن نية للوكيل الذي أبرم معه عقد الكراء . ولم تكن ملزمة بإجراء بحث طالما أن الوصلين المثبتين للأداء لم يكونا محل طعن جدي من الطالب أو من وكيله فجاء قرارها معللا تعليلا كافيا وما بالوسيلة على غير أساس ./.

لهذه الأسباب
قضت محكمة النقض برفض الطلب وتحميل الطالب الصائر.

Version française de la décision

Cour de cassation, Chambre commerciale, Arrêt n° 2/587, rendu le 11/11/2021, dans le dossier commercial n° 2019/2/3/1192

Vu le pourvoi en cassation formé le 24/05/2019 par le demandeur susmentionné, par l’intermédiaire de son avocat Maître M’hamed (A.), tendant à la cassation de l’arrêt n° 6024 rendu le 12/12/2018 par la Cour d’appel de commerce de Casablanca dans le dossier n° 2018/8206/4435.
Vu les autres pièces produites au dossier.
Vu le Code de procédure civile promulgué le 28/9/1974, tel que modifié et complété.
Vu l’ordonnance de mise en état et de communication rendue le 28/10/2021.
Vu l’avis de fixation de l’affaire à l’audience publique du 11/11/2021.
Vu l’appel des parties et de leurs représentants et leur non-comparution.
Après lecture du rapport par le conseiller rapporteur, M. Noureddine ESSAYDI, et après avoir entendu les observations de l’avocat général, M. Mohamed SADEK.

Après en avoir délibéré conformément à la loi :

Il résulte des pièces du dossier et de l’arrêt attaqué que le demandeur a saisi le Tribunal de commerce de Rabat d’une requête introductive d’instance, dans laquelle il a exposé que le défendeur, Benachir (K.), est locataire du local commercial sis à (…) depuis l’année 2006, moyennant un loyer de 1000 dirhams, et qu’il a manqué à son obligation de payer les loyers à compter du 1er novembre 2015, ce qui l’a conduit à lui adresser une sommation de payer ou de libérer les lieux. Il a sollicité la validation de la sommation qui lui a été signifiée le 02/10/2017 et l’expulsion du local commercial litigieux, de lui-même ou de tout occupant de son chef. Après réponse, le jugement a été rendu, validant la sommation signifiée au défendeur le 02/10/2017 et ordonnant son expulsion du local commercial litigieux, lui ou tout occupant de son chef ou avec son autorisation, le condamnant aux dépens et rejetant le surplus de la demande. Le défendeur a interjeté appel de ce jugement, et la Cour d’appel de commerce l’a infirmé et, statuant à nouveau, a rejeté la demande, par l’arrêt objet du présent pourvoi.

Sur le moyen unique de cassation :

Le demandeur au pourvoi fait grief à l’arrêt d’un défaut de motivation équivalant à son absence, en ce qu’il a rejeté sa contestation des quittances relatives aux mois de novembre et décembre 2015 au motif que « le dossier ne contient aucun élément prouvant la révocation du mandataire, d’autant qu’il est établi par le contrat de bail que le nommé Mohamed (W.) est celui qui a contracté avec l’appelant en qualité de mandataire de son père, et que le dossier ne contient aucune pièce prouvant sa révocation ». Cette motivation serait dénuée de fondement, dès lors qu’il ressort des procès-verbaux d’offre réelle et de consignation que le défendeur a offert les loyers au demandeur, M. Driss (W.), et qu’en cas d’impossibilité de l’offre, il les a consignés à la caisse du tribunal, et ne les a pas offerts au mandataire du demandeur comme il le prétend. Il soutient également que les loyers précédents étaient remis au demandeur en personne et non à son mandataire. Il ajoute que la motivation de la Cour, selon laquelle la conclusion du contrat par un mandataire a créé une apparence de mandat sur laquelle le preneur s’est fondé, sans ordonner une mesure d’instruction entre les parties pour s’assurer de la réalité et de la véracité de ce fait, a rendu sa décision sans base légale, laquelle doit être cassée.

Mais attendu que la Cour d’appel, qui a rendu l’arrêt attaqué, a motivé sa décision en énonçant que « ce qui est établi par le contrat de bail liant les parties est que le nommé Mohamed (W.) a contracté avec l’appelant en qualité de mandataire de son père, l’intimé, en vertu d’un mandat à signature légalisée, et c’est sur cette base qu’il a donné à bail le local litigieux. Ceci a créé une apparence de mandat sur le fondement de laquelle le preneur a agi. Par conséquent, la réception par le mandataire des loyers des deux mois précités des mains de l’appelant constitue un acte valable, car elle a eu lieu à un moment où il n’était pas prouvé que sa qualité de mandataire avait pris fin pour l’une des causes d’extinction… », considérant à juste titre que le mandat était toujours en vigueur, et que le défendeur, en l’absence de preuve de sa cessation ou de sa révocation, a payé les loyers de décembre et novembre 2015, avant de recevoir la sommation et de bonne foi, au mandataire avec qui il avait conclu le contrat de bail. La Cour n’était pas tenue d’ordonner une mesure d’instruction, dès lors que les deux quittances prouvant le paiement n’avaient fait l’objet d’aucune contestation sérieuse de la part du demandeur ou de son mandataire. Son arrêt est donc suffisamment motivé, et le moyen est dénué de tout fondement.

PAR CES MOTIFS

La Cour de cassation rejette le pourvoi et condamne le demandeur aux dépens.
Ainsi, le présent arrêt a été rendu et lu en audience publique à la date susmentionnée, en la salle d’audiences ordinaires de la Cour de cassation à Rabat. L’instance était composée de la présidente de chambre, Mme Khadija EL BAYNE, Présidente, et des conseillers : M. Noureddine ESSAYDI, rapporteur, M. Mohamed EL KARAOUI, M. Hassan SERRAR et M. Saïd CHOUKIB, membres, en présence de l’avocat général, M. Mohamed SADEK, et avec l’assistance du greffier, M. Abderrahim AIT ALI.

La Présidente de Chambre
Le Conseiller rapporteur
Le Greffier

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